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vendredi 21 juillet 2017

Perception de l'environnement économique 2012 par les entreprises TIC

Les entreprises soulignent trois éléments principaux: la situation très tendue du marché de l'emploi IT, les difficultés d'accès aux capitaux et la nécessité d'améliorer l'information sur les dispositifs d'aide en vigueur
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Mis à jour le 12/06/2012 | Imprimer | Envoyer
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Les entreprises à haute valeur ajoutée (EHVA) du secteur TIC wallon ont également été interrogées sur leur perception de l'environnement économique et institutionnel régional. Les résultats ci-dessous ne concernent donc que ces acteurs.

Accès aux capitaux

43% des EHVA signalent rencontrer d'importantes difficultés en matière d'accès aux capitaux. Leurs opinions sur le sujet peuvent être résumées comme suit:

  • il existe une grande difficulté à financer l'IT, dans la mesure où le capital humain ne constitue pas une garantie aux yeux des banques et des investisseurs;
  • la difficulté principale est, pour une start-up, de trouver les fonds nécessaires pour passer à une taille supérieure. Dans beaucoup de cas, elle sont obligées de se faire racheter;
  • l'accès au capital à risque, en particulier pour financer l'innovation, est quasi-impossible pour une PME du secteur.

L'AWT souligne que la plupart des 57% de répondants qui affirment ne pas avoir de soucis d'accès aux capitaux invoquent pour cela deux raisons principales:

  • elles ont renoncé à se développer autrement que sur fonds propres;
  • elles appartiennent à un grand groupe ou un holding financier.

On retrouve ici une problématique bien connue pour les entreprises TIC de taille modeste, qui n'est en rien spécifique à la Wallonie. Ces entités disposent en général de peu d'immobilisés et peinent donc à obtenir la confiance des banques pour leurs projets de développement.

Les conséquences de cette situation sont inéluctables. Soit l'entreprise ralentit ou arrête son développement et reste petite, soit elle est absorbée par un grand groupe, souvent étranger. Si 11% des EHVA de l'échantillon estiment que l'action d'investisseurs publics ou para-publics parvient à compenser tout ou partie de ces effets pervers, elles sont encore plus nombreuses à réclamer une meilleure lisibilité et une plus grande cohérence de ces possibilités de financement. Par exemple, plusieurs d'entre elles pointent la multiplication des invests (et donc la dispersion des moyens) ou encore la difficulté à obtenir l'information sur les financements européens et plaident pour une consolidation et une simplification de l'action publique en la matière.

L'AWT note également que le problème d'accès aux capitaux de petites entités innovantes peut aussi, ainsi que certains acteurs du secteur l'ont montré ces dernières années, être atténué par des processus de fusion / acquisition internes au secteur lui-même, surtout entre des entreprises disposant d'un savoir-faire complémentaire.

Marché de l'emploi

Si l'accès aux capitaux n'est guère aisé pour les EHVA du secteur, la situation est bien plus préoccupante encore au niveau du marché de l'emploi. Pas moins de 71% des répondants disent faire face à de graves problèmes pour embaucher, et conserver, du personnel.

Le secteur fait face à une véritable pénurie de compétences:

  • pour des raisons purement quantitatives. Le nombre insuffisant de diplômés sur le marché est souligné par 29% des répondants;
  • pour des raisons qualitatives. 33% relèvent l'inadéquation des compétences des postulants par rapport aux profils recherchés.

Les 9% restant considèrent que c'est simplement l'importante fiscalité pesant sur le travail qui les empêche d'engager la force de travail dont ils auraient besoin.

Il en résulte d'une part, des rémunérations très élevées et souvent inabordables pour des entités de taille modeste et, d'autre part, une très grande volatilité des employés hautement qualifiés, ces derniers n'éprouvant guère de peine à monnayer leurs services auprès d'autres employeurs, en Wallonie ou ailleurs.

En termes qualitatifs, les répondants pointent également l'extrême difficulté à recruter des collaborateurs multlilingues. Si la connaissance de l'Anglais ne semble pas poser de problème, il en va tout autrement du Néerlandais, en particulier dans les matières techniques. De nombreux répondants regrettent de devoir faire appel à des chasseurs de têtes pour compléter leur staff ou de devoir sous-traiter certaines tâches à l'étranger. Ils demandent que d'importants efforts soient entrepris par les pouvoirs publics tant pour augmenter le nombre de diplômés dans les filières IT et techniques que pour adapter les cursus aux besoins du secteur.

Les répondants se montrent par contre très positifs à l'égard du dispositf PFI (Plan Formation Insertion) qui a manifestement permis l'embauche de nombreux jeunes en recherche d'emploi. Plus généralement, ils plaident pour un dispositif de stages permettant de compléter la formation des demandeurs d'emploi "in situ" et de fidéliser, tant que faire se peu, leur personnel.

Recherche et développement

70% des répondants se déclarent concernés par la problématique de la R&D dans le secteur TIC wallon et 26% d'entre eux estiment même que l'innovation est indispensable à leur survie sur le marché. Pour l'écrasante majorité des acteurs, cependant, les activités innovantes sont risquées et très coûteuses, surtout pour des entreprises qui restent somme toute de taille limitée à l'échelle internationale.

Si 10% des EHVA du secteur considèrent recevoir un bon, voire un excellent soutien des pouvoirs publics wallons dans leurs démarches de R&D, 60% estiment que des améliorations peuvent être apportées aux mesures en vigueur. Les pistes suivantes sont évoquées, par ordre décroissant de "popularité":

  • clarifier et simplifier les aides à l'innovation en Wallonie et allèger leurs procédures d'octroi;
  • faciliter l'embauche de personnel innovant via des allègements de charges sociales et/ou des crédits d'impôts temporaires;
  • soutenir la commercialisation des innovations et pas seulement les développements techniques;
  • mettre en place un outil de financement "capital à risque";
  • favoriser l'émergence de partenariats innovants;
  • soutenir les innovations en services et pas seulement en produits;
  • favoriser les partenariats entreprises/universités

Comme on le voit, certaines des mesures préconisées sont déjà en place ou en passe de l'être. Ce constat attire l'attention, si besoin en était, sur la méconnaissance qu'ont beaucoup d'entreprises du secteur des dispositifs d'aides et de soutien à leur portée. Certaines réclament avec insistance des "points d'accès uniques" à l'information sur les aides. D'autres avouent même renoncer aux aides potentielles par crainte de la complexité des procédures et des lourdeurs administratives. Il ne s'agit pas là d'une problématique spécifique aux aides à l'innovation, ni au secteur IT.

On ne peut donc que plaider pour la prise en compte de la première mesure listée ci-dessus, à savoir une meilleure information des entreprises en matière d'aides publiques, une simplification de ces dernières et un allègement, tant que faire se peut, des procédures d'octroi et de suivi.

En parallèle, il semble très important d'encourager et de développer les initiatives prises par les acteurs du secteur en matière de partenariats technologiques, voire de susciter ces derniers.

Veille technologique et commerciale

38% des EHVA du secteur TIC wallon disent n'éprouver aucun problème en matière de veille technologique et commerciale. 26% d'entre elles pratiquent une veille informelle via les canaux classiques de communication: Internet, médias, salons ou revues professionnels, sans mettre en place de procédures spécifiques.

Seulement 13% d'entre elles affirment avoir mis en place des processus de veille formalisés et organisés et 9% pratiquent la veille (surtout technologique) en partenariat avec d'autres entreprises ou via la participation à des clusters ou réseaux d'affaires formels.

41% des répondants se disent favorables à un support public en matière de veille technico-commerciale. Les pistes évoquées passent essentiellement par le maintien, la mise à jour et l'amélioration des moyens existants, comme par exemple le portail de l'AWT, mais aussi par des mesures telles que le soutien à la participation à des événements professionnels à l'étranger ou même, la création d'un "forum économique wallon" collaboratif.

Accès aux marchés extérieurs

Les répondants se montrent majoritairement satisfaits de leurs conditions d'accès aux marchés extérieurs et 18% d'entre eux soulignent le travail réalisé par l'AWEX en la matière.

L'exportation étant le levier principal de la croissance des entreprises IT wallonnes, il y a donc lieu de poursuivre les efforts en cours. 23% des entités interrogées rappellent que la pénétration des marchés étrangers représente un investissement important et 17% soulignent que l'exportation sur certains marchés (surtout la France et les USA) n'est possible qu'au moyen de la mise en place d'une antenne locale.

Certains sont donc demandeurs d'une aide à l'implantation à l'étranger et de la mise en place de "partenariats à l'exportation" entre entreprises wallonnes du secteur.

Relations avec l'administration

Les répondants ont été invités à définir leur perception des relations qu'ils entretiennent avec les administrations publiques. Les résultats peuvent être résumés comme suit:

Perception par les EHVA de leurs relations avec l'administration
Perception des relations avec les administrations 2012
Tout se passe bien ou très bien 49%
Pas de soucis majeurs, mais il faut encore clarifier et allèger les règles et les procédures 22%
Plutôt négative. Procédures lourdes et trop lentes 12%
Négative. Complexité, incohérence et instabilité des règles en vigueur 11%
Très négatif. "Chasse fiscale et sociale" aux entrepreneurs 6%

Ces résultats sont encourageants et particulièrement pour les administrations régionales. En effet, la plupart des répondants ayant une opinion négative de l'administration évoquent des problèmes survenus dans leurs expériences avec les pouvoirs publics fédéraux (administration fiscale surtout). Cependant, les choses peuvent à l'évidence encore être améliorées, surtout au niveau de l'allègement des procédures et des délais de traitement des dossiers.

En guise de conclusion ... les priorités des entreprises

Les répondants ont pu exprimer de manière ouverte ce qu'ils estimaient être l'action à mener en priorité pour favoriser le développement du secteur TIC wallon. Trois thèmes majeurs ressortent largement du lot:

  • diminuer le coût du travail via la réduction des charges sociales et/ou des réductions temporaires d'impôts (12%);
  • faciliter l'accès aux aides publiques disponibles (y compris européennes), depuis l'information générale jusqu'à l'octroi et au suivi et clarifier la politique économique de la Wallonie (12%);
  • améliorer, en quantité et en qualité, l'enseignement des TIC et des langues à tous les stades de la scolarité (11%).

Les autres suggestions peuvent être synthétisées comme suit.

Actions prioritaires pour favoriser le développement du secteur TIC wallon
Actions prioritaires 2012
Les marchés publics ne soutiennent pas assez les PME wallonnes du secteur 8%
Accorder des crédits d'impôts "recherche" et des aides au dépôt de brevets 6%
Favoriser le mécanisme des stages pour l'embauche de personnel 6%
Ramener le secteur IT dans les priorités économiques wallonnes 5%
Soutenir l'accès aux capitaux par les PME 5%
Allèger les contraintes administratives et les contrôles 4%
Encourager le développement à l'exportation 4%
Développer le business transrégional 3%
Mieux organiser la formation continue 3%

Il ressort également des interviews que de nombreux acteurs se sont montrés favorables à la création d'une plateforme globale TIC en Wallonie. Selon eux, cet outil devrait avoir trois fonctions principales:

  • informer les acteurs (veille technico-commerciale);
  • améliorer la visibilité du secteur et de ses compétences;
  • favoriser le réseautage et les partenariats au sein du secteur.
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